L'IA et la littérature reconnue
2026-10-01
Une personne de mon entourage et de ma génération me déclarait récemment ne pas lire de nouveautés, trouvant dans les ouvrages plus anciens une qualité bien supérieure. Je lui ai rappelé que l’Histoire filtre les textes, qu’à l’époque d’Hugo ou de Dickens bien des auteurs faisaient des romans à épisodes, d’action ou des sagas, des romans fleuves et populaires comme eux. Des auteurs passés au pilonnage de l’Histoire, pour une production médiocre, du sous-Balzac ou du succédané de Flaubert, mais aussi des bons, oubliés pour toutes sortes de raisons, trop collés à une réalité passagère et dépourvus d’une vision universelle, je ne sais pas. Sans parler des femmes, lesquelles avaient bien du mal à se tailler une place honnête dans un univers littéraire exclusivement masculin.
En fait, le génie est rare, le grand talent aussi, et je dirais que quatre-vingt pour cent de la production littéraire est de qualité médiocre (dans le sens de moyen) et mauvaise. On n’avait qu’à visiter dans les années soixante-dix le temple de l’usager sur quatre étages, le Palais du livre, pour s’en rendre compte. Des maisons d’éditions ont fait des fortunes en publiant des romans à canevas précis.
L’IA est à présent en mesure de remplacer une bonne partie de la littérature populaire. On lui donne le thème, un canevas à suivre et, avec un peu de révision, on peut produire rapidement. Les éditions en ligne ou à compte d’auteur doivent déjà donner beaucoup à lire. L’inquiétude vient de l’incapacité de réviseurs sérieux à identifier le travail numérique. Le débat a été orienté vers l’efficacité des logiciels de détection, notamment Pangram, et se complique par la possibilité de brouiller la détection à l’aide d’autres logiciels. Baisserons-nous les bras, et accepterons-nous qu’un auteur soit publié par une maison d’éditions reconnue, même si l’IA a fait une partie du travail ? Exigerons-nous une attestation d’authenticité ?
Le roman de Thélyson Orélien a déclenché une tempête. Je suis encore sous le choc. Des écrivains babas d’admiration sur les plateaux de télévision, des lecteurs et chroniqueurs suspicieux ou satisfaits du résultat final, peu concernés par l’usage potentiel de l’IA dans la production littéraire, et par-dessus tout une gêne certaine de la part des maisons d’éditions reconnues et admirées…le débat est lancé.

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